Vaincre la peur de l’autre

Durant notre court passage sur cette planète, nous ne vivons pas tous les mêmes expériences. Chacun à son propre parcours, son histoire, ses espoirs et ses échecs. C’est ce qui fait que nous sommes tous uniques, et c’est tant mieux. Mais je pense pouvoir affirmer qu’il est une expérience que nous avons tous vécu, au moins une fois dans notre vie. J’ai nommé la tristement célèbre braguette ouverte.

Qui parmi vous ne s’est jamais rendu compte au beau milieu de l’après-midi que sa zipette était grande ouverte, laissant entrevoir au monde entier la couleur de ses sous-vêtements ? Qui n’a jamais subi la déconfiture de découvrir qu’il s’était baladé toute la journée la frite à l’air ?

Durant ces grands moments de solitude, un sentiment de honte nous submerge. La gêne d’avoir exposé son intimité à l’air libre nous envahit, et nous donne l’envie de rentrer sous terre et de s’y cacher pour l’éternité. Nous imaginons les rires moqueurs, les sarcasmes de tous ceux que nous avons croisé dans la journée, et qui doivent être en ce moment même en train de plaisanter sur notre étourderie.

Le regard de l’autre

Ce genre d’expérience arrive plus souvent qu’on ne le croit. Par exemple, lorsque l’on découvre avac horreur le soir que l’on a un bouton sur le nez, ou que sa chemise est tâchée. La première chose à laquelle on pense, c’est au regard de l’autre. L’autre, celui qui nous a vu, qui n’a pas manqué de remarquer nos imperfections, et qui n’a pu qu’éprouver du dédain, voire du mépris à notre encontre.

Nous avons une conscience aïgue de ce regard. Quoi que nous fassions, dés lors que nous ne sommes plus seuls, nous éprouvons une certaine pudeur, une retenue vis à vis d’autrui, qui nous empêche de commettre les pires excès. C’est cette conscience qui nous empêche de sortir tout nu dans la rue. C’est elle qui nous pousse à manger plus proprement au restaurant que lorsque nous sommes seuls chez nous. C’est encore elle qui nous empêche de hurler pour dire bonjour à une connaissance que l’on aperçoit de l’autre côté de la rue.

En général, nous préférons éviter d’être le centre de l’attention. Nous n’aimons pas attirer le regard des foules, au risque d’y voir du dédain, ou de la désapprobation. Nous faisons tout pour rester discret, invisible. Surtout, ne pas se faire remarquer.

Cette retenue est trés importante dans la vie sociale. Sans elle, la vie serait intenable. Plus de retenue, plus de pudeur ! Vous imaginez si tout le monde se comportait en public comme vous vous comportez chez vous 😉 ?

D’après les chercheurs, la conscience du regard de l’autre s’est développée trés tôt dans l’histoire de l’humanité. Dés la préhisoire, à l’époque ou un individu ne pouvait survivre sans appartenir à un groupe. Celui qui était banni de la tribu était tout simplement condamné à mourir, dévoré par je ne sais quel monstre ancestral aux dents pointues, ou tout simplement incapable de subvenir seul à ses besoins. A cause de cela, ne pas indisposer autrui était une question de vie ou de mort.

Aujourd’hui, ce besoin est resté (même si certains individus, moins développés que des hommes-singes, n’hésitent pas à faire la fête chez eux après 22h, ou à écouter de la musique à tue tête dans les transports en commun bondés.)

L’effet projecteur

La conscience du regard d’autrui peut être bénéfique, et nous conduire à nous dépasser si nous voulons susciter l’admiration. Mais elle peut parfois être trés handicapante, et nous freiner, voire nous bloquer dans nos entreprises. C’est ce qui se passe chaque fois qu’un excès de timidité nous empêche de faire quelque chose que nous désirerions, par peur du « qu’en dira-t-on ».

C’est cette peur qui va nous empêcher d’aborder une séduisante inconnue, nous donner le trac lorsque nous devons parler en public, détruire notre confiance en nous lorsque nous découvrons une tâche sur nos vêtements, et nous bloquer dans nos relations sociales. Bien des fois dans ma vie, j’ai désiré moins souffrir du regard d’autrui.

Il y a quelques temps, j’ai fait d’énormes progrès dans cette direction. Cela s’est fait trés rapidement, pratiquement du jour au lendemain. Quand j’y repense, ça a été presque magique. Pour cela, il a suffit que je tombe sur un bouquin qui décrivait ce que ce que les psychologues appellent « l’effet projecteur ».

Des recherches ont montré que nous surestimons systématiquement l’attention que les autres nous portent. C’est à dire que lorsque notre braguette est ouverte, nous imaginons que tout le monde l’a remarqué. Lorsque nous trébuchons, nous imaginons que tout le monde en rira encore dans deux heures.

Prenons mon propre cas, par exemple. Lorsque j’ai démarré ce blog, je l’ai fait de manière assez discrète, sans en parler à tout mon entourage. Pourtant, je me suis attendu à voir mes amis arriver dés le lendemain pour me taper sur le dos en me disant « Alors ? Te voilà blogueur ? ». C’est complètement irrationnel, si l’on y pense bien, quand on connaît la taille de l’Internet. La probabilité qu’une de mes connaissance tombe sur ce site par hasard et ne remarque mon nom est infiniment faible.

En fait, il semble que les autres sont en fait trés peu nombreux à remarquer nos petits défauts, et quand ils le font, ce n’est généralement pas pour nous mépriser férocement . D’où « l’effet projecteur », nommé ainsi parce que nous avons sans arrêt l’impression qu’un projecteur est braqué sur nous, et que nous sommes le centre de l’attention.

L’expérience

Beautyproof
Crédit photo : larskflem

Des chercheurs ont réalisé une expérience pour mettre ce phénomène à jour1. Durant cette expérience, des étudiants des deux sexes devaient enfiler un tee-shirt particulièrement ringard et démodé. Ensuite, chacun devait s’asseoir dans une salle d’attente, en compagnie de cinq autres étudiants qui n’étaient au courant de rien.

Les chercheurs ont demandé à leurs victimes d’estimer la quantité de personnes qui avaient remarqué leur affreux tee-shirt. Ensuite, ils demandaient aux étudiants de la salle d’attente s’ils pouvaient se rappeler comment étaient habillés les premiers.

Les étudiants vêtus du tee-shirt ont estimé que 50% des personnes dans la salle d’attente avaient remarqué leur look horrible. En réalité, ils n’étaient que 10% à 20% environ.

Cette expérience montre bien à quel point les autres sont peu soucieux de notre propre apparence. Ils ne remarquent que trés rarement nos fautes de goût, nos imperfections et nos petites erreurs. Le blocage que la peur du regard de l’autre engendre n’a donc souvent pas lieu d’être.

Le simple fait d’avoir pris conscience de cet effet m’a permis de m’affranchir en grande partie de cette peur. Je sais maintenant que la ville entière ne va pas rire si ma braguette reste ouverte, et que mes imperfections ne resteront pas dans les annales de l’histoire. Du coup, ma confiance en moi à fait un bond en avant, et cela m’a permis de guerir en partie de ma timidité.

Bien entendu, je ne prétends pas qu’il s’agisse d’une méthode miracle, capable de guérir n’importe quel timide. Je ne prétends pas que vos complexes vont s’envoler du jour au lendemain, ni que vous allez acquérir d’un coup une confiance inébranlable. Toutefois, cette méthode fut efficace pour moi, peut-être le sera-t-elle pour vous ?

Voici donc la manière dont je procède lorsque la peur du regard d’autrui me bloque : Lorsque ma braguette est ouverte, je me dis « Et moi, est-ce que je remarque les braguettes ouvertes des autres ? Auquel cas, est-ce que je les classe automatiquement dans la catégorie « Gros looser minable ? » » Lorsque mon réveil ne sonnait pas le matin (c’est toujours la faute du réveil) et que je devais partir au boulot mal coiffé, j’étais gêné. Maintenant, je pense « Beaucoup sont dans mon cas. Est-ce que je remarque qu’ils sont mal coiffés ? ».

A chaque fois que vous avez peur que l’on remarque l’une de vos erreurs ou imperfections, pensez « Et moi, est-ce que je le remarquerais ? Et quelle serait ma réaction ? ». Bien souvent, vous découvrirez que ce que vous pensiez être une tare ignoble ou un problème honteux, n’a en fait pas plus d’importance qu’un pet de lapin. Vous saurez alors qu’il n’y a pas lieu d’être gêné, et votre blocage aura de bonnes chances de disparaître.

  1. Gilovich, 2000 []

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